Les big techs asiatiques à l’assaut de la finance européenne : entre logique opportuniste et refonte des modèles à long terme

 ÉDITO Février 2020

Baidu. Alibaba. Tencent. Xiaomi. En quelques années, ces quatre sociétés – régulièrement présentées via l’acronyme BATX – se sont imposées sur la scène financière mondiale. Avec des capitalisations boursières évaluées à plusieurs milliards de dollars et une place prépondérante dans leur marché d’origine, que ce soit dans le domaine des moteurs de recherche (Baidu) ou encore du e-commerce (Alibaba), ces acteurs n’ont semble-t-il eu aucun mal à s’éloigner des frontières asiatiques pour réaliser des investissements stratégiques dans d’autres régions du monde, notamment en Europe. En s’alliant successivement avec Lydia – acteur Hexagonal du paiement mobile apprécié par les jeunes générations – puis Qonto – néo-banque spécialisée dans les professionnels et les entreprises – Tencent a défrayé ces dernières semaines la chronique en France. Mais que penser réellement de ces évolutions stratégiques ?

En effet, l’intérêt des big techs asiatiques à l’égard de l’Europe n’est pas une surprise si l’on se réfère par exemple à des incursions réalisées récemment dans certains pays européens – Millennium BCP (Portugal), El Corte Inglés (Espagne) – mais semble de plus en plus s’accélérer au regard d’une nouvelle donne sectorielle axée sur la refonte des modèles et la convergence des services. Tendance que ces acteurs asiatiques souhaitent capter, en jouant notamment sur une synergie de services rendue possible par les effets de la technologie et une jeune génération soucieuse de convergence entre ergonomie/mobilité/instantanéité. Preuve de cette tendance, le modèle Ant Financial, qualifié par certains professionnels de « première fintech au monde » et dont le fonctionnement repose essentiellement sur une efficience technologique et une synergie de services permettant de capter sur un pan d’activité une génération à qui l’on finit par distribuer toute une palette de services. Dès lors, quelles sont les cartes à jouer pour les acteurs traditionnels ?

Incontestablement, parier sur le digital comme nouvelle norme à intégrer semble une priorité pour rivaliser avec les acteurs nés de l’Internet. Mais ce n’est pas tout. Apprendre à anticiper les besoins marché et se positionner d’ores et déjà dans une optique de partenariats stratégiques visant à créer les produits et services financiers de demain, voire les modèles hybrides qui sauront capter une clientèle agile et de plus en plus connectée constitue également l’une des voies à emprunter. D’où la nécessité de développer sur certains sujets – comme l’open banking – une vision opportuniste, en plus d’une stratégie de mise en conformité nécessaire et bien évidemment inhérente à cette typologie d’acteurs. Faire preuve de créativité selon une logique ouverte et globale semble également essentiel. Une nécessité déjà prise en compte par certaines entités si l’on en croit l’annonce récente de la Banque de France sur la création d’un groupe dédié au partage d’expériences en matière d’évaluation des cas possibles de monnaie digitale de banque centrale (MDBC).

Réunissant la Banque du Canada, la Banque d’Angleterre, la Banque du Japon, la Banque centrale européenne (BCE), la Sveriges Riksbank et la Banque nationale suisse, le groupe de travail est créé en collaboration avec la Banque des règlements internationaux (BRI). Il évaluera les cas d’utilisation des MDBC, les choix économiques, fonctionnels et de conception technique, y compris l’interopérabilité transfrontière, ainsi que le partage des connaissances s’agissant des technologies émergentes. Il travaillera en étroite coordination avec les institutions et les forums concernés – en particulier le Conseil de stabilité financière et le Comité sur les paiements et les infrastructures de marché (CPIM). Le groupe sera co-présidé par Benoît Cœuré, responsable du pôle d’innovation de la BRI et par Jon Cunliffe, sous-gouverneur de la Banque d’Angleterre et président du CPIM. De quoi confirmer que ces entités ont désormais conscience que la finance de demain sera le fruit d’une logique globale et plurielle et qu’elle aura comme piliers la technologie et l’expérience client.

Par Andréa TOUCINHO, Directrice Études, Prospective et Formations,

Pôle Études | Partelya Consulting

Related Posts