Europe des paiements : la résilience est un enjeu clé, selon les Entretiens CB

Le traditionnel Forum CB – devenu « les Entretiens CB » – a eu lieu le 20 novembre 2025 à la Maison de la Chimie, à Paris. Comme à son habitude, le GIE CB a eu à cœur lors de cette édition – qui a une nouvelle fois réuni l’ensemble des professionnels de l’écosystème des paiements français – de sortir des pures considérations métiers pour aborder des thèmes aussi bien géopolitiques que sociétaux.

En matière de paiement – comme dans l’énergie ou la défense – la question de l’infrastructure est clé. Telle a été l’une des affirmations riches de sens partagées par Philippe Laulanie, administrateur, CB, en ouverture des Entretiens CB, le 20 novembre à la Maison de la Chimie à Paris. Conscient que les évolutions du marché des paiements dépassent les seules considérations métiers et sont de plus en plus tributaires des enjeux (géo)politiques et sociétaux, l’intéressé a démarré son propos par une analyse de la situation de la France d’un point de vue macroéconomique et géopolitique. Parmi les interrogations centrales : quid de l’évolution du modèle social à la française ? Et, surtout, comment travailler, ensemble, sur le sujet de la souveraineté et la préparation de la prochaine étape technologique qui sera vécue par l’industrie et qui sera notamment marquée par l’arrivée de l’intelligence artificielle ?

Car si l’analyse du contexte présent est effectivement centrale pour œuvrer dans le domaine du paiement, la préparation de l’avenir s’avère décisive dans un environnement où l’incertitude est devenue la norme. « La résilience constitue un mot clé », avance le célèbre criminologue Alain Bauer. « C’est pendant les guerres et les crises que le monde a vécu les plus grandes étapes en termes de modernisation et de transformation », explique-t-il. Néanmoins, l’une des difficultés du contexte actuel tient au fait que les crises sont désormais multiples et touchent différents domaines (santé, social, environnement, économie, finance…). Or, cette forme de « crise totale » implique une profonde réflexion sur le devenir de la mondialisation et la communication à l’égard du grand public dans un contexte de défiance et de renforcement de la violence. Dès lors, quelles pistes d’action envisager ?

Repartir des fondamentaux semble constituer le premier prérequis : « Le monde occidental que nous connaissons depuis les années 1980 n’existe plus : il est important de reconnaître cette situation pour définir des solutions », affirme l’expert en géopolitique Pascal Boniface. Analyser les bases et l’histoire de la création de l’Union européenne paraît également essentiel pour anticiper l’avenir et développer une véritable stratégie dans le domaine des nouvelles technologies, selon le regard de l’économiste Stéphanie Villers. Une exigence d’autant plus croissante que l’Europe des paiements est, au même titre que dans d’autres secteurs d’activité, confrontée à une quête de souveraineté. Dans ce domaine, nul doute que le développement d’une approche prospective s’avère essentiel, non seulement pour traiter les sujets de demain mais aussi pour préparer les prochaines années et décennies.

Andréa Toucinho